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Accueil > Présentation des sessions antérieures > Session 2008 - Religions et Sociétés, où en sommes-nous ? > Des valeurs communes : la source vive du projet européen

Des valeurs communes : la source vive du projet européen

vendredi 9 août 2013, par Hervé Schindler

L’amabilité des intervenants et les prises de notes nous permettent de vous faire partager nos découvertes et nos discussions lors de la conférence 2008 de Bernard IBAL organisée par les Amis de l’institut catholique et les Semaines sociales de Toulouse.

Des valeurs communes :

la source vive du projet européen

En 2007, une assemblée œcuménique de 400 personnes s’est réunie autour des évêques européens pour évoquer le rôle de l’Europe et interpeller politiques et citoyens sur les valeurs dont est porteuse l’Europe et qui trouvent leurs racines dans la foi chrétienne.

Les grands bâtisseurs de l’Europe sont des chrétiens militants :

Adenauer : maire de Cologne avant et après guerre

Gasperi : député autrichien, puis italien (Trentin)

J.Monnet : (pas catholique pratiquant), fils d’un négociant en Cognac ce qui lui a donne la connaissance et le goût de l’Europe

R.Schumann : 1° discours européen, plein de spiritualité….

Mais ils ont fondé l’Europe de façon laïque.

P.H Spaak, qui est un agnostique, écrit que la civilisation chrétienne fondée sur le respect de la personne humaine est à l’origine de la construction européenne. Pour la petite histoire le drapeau européen conçu en 1957 est le drapeau des étoiles de la Vierge de l’église de la rue du Bac à Paris….

Il en est de même de l’élargissement de l’Europe, qui est appelée réunification par les habitants de l’est européen. Solidarnosc est d’inspiration catholique sans état d’âme, et personne ne néglige le rôle de Jean-Paul II.

Comment les catholiques qui sont si engagés dans la construction européenne n’arrivent-ils plus à donner de la dynamique à cette Europe en panne ?

1. Historique de la déclaration des évêques de 2006

- divorce entre la classe politique et l’opinion publique sur la construction européenne : quid d’une réconciliation des citoyens européens et de leur gouvernants. En mars 2007, des experts (dont M.Camdessus) évoquent les causes de ce rejet.

- la mondialisation

- modèles sociaux mis en danger

- le brassage des cultures

- l’Europe trop bureaucratique

- l’Europe bouc émissaire des échecs des politiques nationales

Les évêques le sentent et écrivent la nécessité de renforcer le modèle social européen…

Les évêques veulent mettre en avant les valeurs, plus que les questions économiques, pour favoriser la réconciliation de tous avec l’Europe..

H.Simon (archevêque de Clermond-Ferrand) auteur en mai 2005 de « Le devenir de l’Europe et les responsabilités des catholiques ». Il considère que la construction européenne est d’ordre théologique et spirituel…..Si les fondateurs de l’Europe de l’Ouest ont pu surmonter les haines et les rancœurs existantes… n’est –ce pas parce que le pardon, force spirituelle de paix a dépassé les forces de l’instinct et de la haine.. il y a le discernement d’un geste spirituel.

C’est un peu la même chose en 1989 : refus d’entrer en violence contre le marxisme de la part des opposants au régime de l’est européen et en même temps intransigeance quant a la mise en route d’une voie européenne pour dire la vérité et la liberté.

Aujourd’hui, la mondialisation, l’explosion démographique, la pauvreté et l’exclusion sociale, les migrations , les pandémies, les terrorismes peuvent-ils faire naître un 3° geste avec un projet d’humanité, un projet au service de la protection de la vie, et son développement intégral (homme physique, individuel, communautaire, spirituel..). Ce sursaut anti-matérialiste peut-il être un sursaut spirituel ?..

2. La déclaration de la Comece, novembre 2006

Adressée aux dirigeants de l’Europe, elle demande que soit introduit un certain nombre de valeurs.

- l’Europe des valeurs : portée par tous les citoyens, il faut rendre sa popularité à la citoyenneté

- ces valeurs communes, c’est d’abord la dignité de la personne humaine. Pour les chrétiens, c’est une valeur absolue (quel que soit l’âge, le potentiel intellectuel…). L’indignité morale n’empêche pas la dignité spirituelle (Primo Levi). C’est aussi la solidarité, la subsidiarité, la démocratie, le bien commun.

- une ambition pour l’Europe : problèmes environnementaux, développement économique. Donner du sens à la vie des hommes et des citoyens européens (motivations religieuses et humanistes de la citoyenneté européenne.

- menaces sur l’Europe : repliement national, unité dans la diversité des cultures, des peuples et des politiques. Attention à l’attentisme…Les menaces de guerre ne sont pas évacuées.

3. Lettre aux responsables politiques réunis à Berlin

Il a fallu plus de 100 ans à nos ancêtres pour construire une cathédrale, en 50 ans, nous avons construit une Europe cathédrale des Européens.

Devoir de l’Europe pour l’Afrique

La subsidiarité

L’égalité hommes-femmes

Consistance européenne par les valeurs

4. Le 27 mars 2007 les chefs d’état répondent :

Les idéaux communs structurent la construction européenne : dignité inviolable de la personne humaine, le besoin de sécurité. Ils insistent sur le mode de construction de Europe, par la paix et non par la guerre.

Ils parlent aussi d’un modèle européen qui s’appuie sur un succès économique et une solidarité sociale. Savoir faire et croissance de l’Europe. Rôle mondial de l’Europe y compris dans le domaine militaire et diplomatique.

5. Les valeurs communes et les points communs de ces valeurs

La charte européenne des droits fondamentaux a été adoptée à Nice : dignité (appliquée à la bioéthique par exemple..), la liberté (droits à l’éducation), l’égalité , la justice…

« Soft power », l’Europe a un pouvoir d’attraction…

- l’Europe et les chrétiens d’aujourd’hui insistent sur la dialectique, d’origine grecque, de l’identité et de la diversité. Exemple la subsidiarité suppose le partage des responsabilités, la propriété reste source de solidarité (destination universelle des biens)

- l’Europe c’est la 1ère fois que des états s’unissent de façon équitable en se donnant les uns aux autres.

- Spiritualité du pardon, là est l’origine chrétienne

- Spiritualité de la personne humaine (dignité du sacré versus valeur marchande de l’individu)

Renforcement brutal de la crise depuis la fin de l’année 2008 :

- déclaration des évêques du 29 avril 2009 qui invite à changer nos modes de vie

- « justice et paix en Europe » animé par Mgr Defois, évoque le 13 mai 2009 la dignité de la personne humaine et insiste sur le besoin du regroupement familial comme d’un droit de l’homme et rappelle l’ambition de don de 0,7 % du PNB (engagement dit du millénaire)

- L’appel d’IXE qui rassemble toutes les organisations européennes qui ressemblent aux Semaines sociales de France et invite à changer des éléments de gouvernance, à développer la frugalité…ou plutôt l’abondance frugale.

Les évêques appellent à la relance de l’Europe par les valeurs, car celles-ci sont proches des valeurs sociales chrétiennes. Volonté spirituelle qui tente d’aller à l’encontre des soit disant destins individuels. L’ Europe comme seul laboratoire dans l’humanité des idées (Grèce, Rome , renaissance, révolution française, révolution industrielle, nazisme, marxisme…)

Dans « Ecclesia in Europa » en 2003, Jean-Paul II écrivait « Dire Europe doit vouloir dire ouverture » ….P.Debergé

P.Debergé, Recteur de l’ICT

La réflexion de B.Ibal avait été introduite par quelques éléments rappelés par MC Monnoyer sur les étapes de la construction européenne.

...... Vous avez sans doute le sentiment peut-être confus qu’il y a un enjeu. Vous entendez des avis qui divergent sur le rôle de ce parlement dont nous allons élire les membres, vous vous sentez plus ou moins bien informés, voire méconnaissant le rôle de ces députés.

Et pourtant cette Europe, les structures de sa gouvernance, c’est vous, c’est nous et nos parents qui les ont construites. Les débuts ne furent pas aisés…Certains se souviennent sans doute de cette conférence de presse où le général De Gaulle se moquait de ces gens « qui sautent comme des cabris en criant : Europe ! Europe ! ». Le présent est tout aussi complexe.
Pouvons-nous trouver dans nos racines philosophiques et religieuses, dans les observations de ceux que l’on peut considérer comme des bâtisseurs de l’Europe des éléments qui peuvent nourrir notre réflexion personnelle, éclairer notre jugement, nous apporter des éléments qui viendront étayer les discussions familiales et amicales que ne manquent pas de susciter toute élections dans cette terre de France qui compte, comme disait Tocqueville, autant de sujets que de sujets de mécontentement.

Avant de laisser la place au philosophe Bernard Ibal et à Monsieur le Recteur Pierre Dubergé, permettez-moi de situer le Parlement Européen.

A partir de l’adoption du traité de Lisbonne, il comptera 785 députés (736 actuellement), dont 78 français ( 72 actuellement) venant de 8 zones électorales (dont celle du sud ouest qui compte 10 représentants). Certains se souviennent sans doute d’une discussion animée entre deux d’entre eux MM.Onesta et Cavada, devant les Semaines sociales de Toulouse…. En 1952, ils étaient 72, mais l’Europe ne comptait que 6 pays…

Qu’ont-ils fait, que feront-ils ?

Dotés d’un triple pouvoir législatif, budgétaire et de contrôle politique, ils ont en charge « la promotion de l’intérêt général de l’union ». Le traité de Lisbonne leur confère la responsabilité « de créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe ».

Les parlementaires, qui ont été longtemps des enfants de la guerre, l’ont bien compris. Le parlement a d’abord été l’instrument de la réconciliation entre les peuples de l’Ouest d’abord, de l’est et l’ouest ensuite, à travers de multiples opérations qui touchent autant les infrastructures qui nous relient ( les trains ne s’arrêtent plus aux frontières) que les cultures qui nous façonnent. Un blogueur écrivait hier, « je suis un enfant d’Erasmus ». Depuis 1987, date de création du programme, Erasmus a ainsi permis à million et demi de jeunes européens et parmi eux, 217 000 français d’étudier quelques mois dans une université d’un autre pays européen.

Mais comme le parlement fonctionne essentiellement à la majorité qualifiée, il est en constante négociation avec lui-même, ce qui fait naître une culture de compromis qui est un apprentissage de la paix civile et de l’efficacité, écrivait récemment M. Rocard qui fut député européen pendant plus de 14 ans. Si certains considèrent que la réconciliation européenne est désormais un acquis solide, le quotidien de notre pays nous rappelle que la culture du compromis n’est pas ce que nous maîtrisons le mieux.

Avec les années et l’élargissement de l’union, les pouvoirs du parlement se sont enrichis. La procédure de co-décision en fait le véritable législateur de l’union. Souvenons nous du travail d’Evelyne Gebhardt : une eurodéputée social-démocrate allemande qui voit en janvier 2004 arriver sur sa table une proposition de directive de la Commission européenne plus connue sous le nom de « directive Bolkestein », ou « du plombier polonais « Pour Evelyne Gebhardt, elle offre l’avantage d’une plus grande ouverture, mais met aussi en concurrence des systèmes sociaux. Elle propose des amendements qui excluent de la directive les services d’intérêt général et empêchent le dumping social au sein de l’Union européenne. Le plombier polonais peut venir en France ou en Allemagne, mais en respectant le droit du travail français ou allemand. La politique européenne doit servir la dignité de l’homme…. disaient déjà les pères fondateurs…

Ce travail de dossier est lourd. Mais il n’éloigne pas forcément le parlementaire des réalités de sa région. D. Baudis utilisa ainsi le pouvoir de négociation de l’intergroupe « Ciel et espace européen » dont il fut le fondateur pour sensibiliser l’ensemble des députés européens à la problématique du développement de l’industrie aéronautique et spatiale et de la solidarité mutuelle des européens dans cette activité. Si la chaîne de montage de l’Airbus A380 est à Toulouse, ce n’est pas un concours de circonstances.

Enfin, le Parlement dispose d’un pouvoir de contrôle dont il sait agir. En 2004, le Parlement Européen a récusé deux commissaires pressentis. En 1999, il a provoqué la chute de la Commission présidée par Jacques Santer…

L’Europe dispose donc d’un moyen de gouvernance qui a su se montrer efficace. Si les télévisions ne nous offrent guère d’images sur son fonctionnement, si certains élus ne sont pas assidus, est-ce parce que la recherche du consensus ne permet pas autant de « petites phrases » qu’à l’Assemblée Nationale, est-ce parce que l’absence de cumul des mandats et le nombre élevé de femmes en font un poste avancé de la démocratie et un lieu de réflexion plus que de joutes orales ?

Laissons aux philosophes le soin de nous répondre…

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